Les fontaines destinées à la bonté

“Suvardı Âlemi Dest-i Muhammedle Cevâdullah…”

Doç. Dr. Süleyman BERK

Crédits : Mustafa Yilmaz

Les croyants qui s’empressent à fournir de l’eau à la portée des êtres humains, prennent en compte la recommandation “l’aumône le plus vertueux est de donner de l’eau à boire” et l’aphorisme « l’eau est la vie” du Prophète.

Le compagnon Sa’d bn ‘Ubâdah (r.a.) était connu par sa générosité. De ce fait, il a été honoré par le Prophète. D’après les récits, il priait Dieu ainsi : « Dieu, donne-moi de la richesse pour pouvoir faire preuve de générosité ». Il demande au Prophète comment faire un acte de bonté à l’intention de sa mère suite à son décès. « Donner de l’eau à boire est la meilleure aumône parce qu’elle adoucie la colère d’Allah et sauve l’Homme du tourment. Il permet la guérison.» répondit le Prophète. Suite à cette réponse du Prophète, Sa’d bn ‘Ubâdah a mis en place un puit d’eau nommé “Sikâye-i âl-i Sa’d” et il l’a mis à disposition de tous les musulmans.

Au VIIIème siècle, Zubayda l’épouse du Sultan Hâroun ar-Rachîd a fait construire un canal à son nom qu’elle a amené de Haneyn à La Mecque. Elle étendit ce cours d’eau d’Arafat jusqu’à Muzdalifah en dépensant de grosses sommes d’argent. Non seulement les pèlerins mais aussi les habitants de la Mecque bénéficient de cet acte de bienfaisance.

Avec le temps, la dégradation du canal “Ayn Zubayda” est devenu inutilisable. A l’époque de l’Empire Ottoman, Sultan Mihriman, la fille du Sultan Soliman le Magnifique a restauré ce canal par le biais d’une fondation à son nom qu’elle a fondée. En effet, l’émir de la Mecque a envoyé des rapports aux administrations ottomanes pour affirmer la dégradation du canal. Suite à ce rapport, Le Sultan Soliman le Magnifique a envoyé ses agents afin de réaliser un bilan de la dégradation. Après ce bilan, il a versé des fonds nécessaires à la fondation de sa fille afin que le canal soit restauré. Sa fille Mihrimah s’est donc occupée de la restauration.

Les Sultans, les Reines mères, les Grands Vizirs et les chefs d’Etat ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour que l’eau soit transmise au peuple.

Durant le règne de l’Empire Ottoman, il est tout-à-fait possible d’observer l’importance de l’eau dans la culture ottomane. Istanbul, la capitale de cet empire, nous dévoile un grand héritage. Les barrages, les cours d’eau, les fontaines, les fontaines aux ablutions et les puits constituent le patrimoine culturel de l’eau. La plupart des élements de ce patrimoine comportent des calligraphies historiques.

Certes, les fontaines d’eau publiques sont importantes d’un point de vue architectural et calligraphique. Aujourd’hui à Istanbul, près d’un millier de fontaines et autres constructions en lien avec l’eau, contiennent des calligraphies et portent beaucoup d’importance. La particularité du style architectural de cette époque fait apparaitre, grâce aux œuvres artistiques comme les versets coraniques, les hadiths, les œuvres poétiques et les calligraphies ottomanes (Hat), la beauté de l’eau.

Parmi les œuvres les plus connus il y a : La fontaine d’Ahmet III située sur la grande place devant la Porte Impériale du Palais de Topkapı à Istanbul, la fontaine de la place Top-Hané, la fontaine d’Uskudar, la fontaine de Gülnûş Emetullah Valide (Mère) Sultan (Fontaine de Ahmet III), la fontaine de la place Azapkapı Sâliha Sultan, la fontaine Maçka Bezmiâlem Valide (Mère) Sultan, la fontaine Maçka Abdülhamid II, la fontaine Kadırga Esmâ Sultan, la fontaine Ahmet I située à l’entrée du parc Gülhane, le kiosque à eau d’Ahmet I situé devant la Mosquée Eyüpsultan, la fontaine de la place Küçüksu Mihrişah Valide Sultan, la fontaine et le kiosque à eau d’Uskudar Gülnûş Emetullah Valide Sultan , la fontaine d’Uskudar Miskinler (la fontaine de Hâfız İsa Ağa, le kioque à eau et la fontaine Emirgân Abdülhamid Han I, la fontaine de Top-Hané du sergent Takkeci Ibrahim font partie des œuvres qui attirent l’attention au niveau architectural et calligraphique.

Les fontaines sont composées des caractéristiques architecturales suivantes:

  • Le réservoir
  • Panneau en pierre
  • Inscription
  • Vasque
  • Estrade d’attente

Ces éléments nous transmettent l’aspect général d’une fontaine. Aujourd’hui, il est évident que tous ces principes ne sont pas réunis dans chaque fontaine. Cependant, ces éléments sont plus que présents sur certaines.

L’art de la calligraphie était utilisé pour les fontaines à chaque époque. Du début jusqu’à la fin de l’empire Ottoman, des expressions écrites en proses et en vers, des petites prières, des hadiths et versets coraniques en rapport avec l’eau était très utilisés en tant qu’inscription sur les fontaines et kiosques à eau. Ces textes utilisés étaient très importantes d’un point de vue littéraire et calligraphique. A Istanbul, voici quelques fontaines possédant des versets coraniques et hadith :

Le verset 30 de La sourate al-Anbiya (les prophètes) : « Ensuite Nous avons créé à partir de l’eau, toute chose vivante. ». Emplacement : Les endroits où on peut voir ce verset : À la station d’eau de Taksim situé dans la forêt de Belgrad, à la fontaine Ahmet I située à l’entrée du parc Gülhane, à la fontaine de Kocamustafapaşa Hekimoğlu Ali Pacha, à la fontaine de la moquée Aga, à la fontaine de la mosquée Üsküdar Sheikh, à la fontaine Üsküdar Ahmediyye, à la fontaine Cengelköy Mahmud II, à la fontaine İstinye Ahmed Şemseddin Efendi (Monsieur), le même verset précédé de la Basmala signifiant « Au nom de Dieu clément et miséricordieux » se situe également à la fontaine de Dolmabahçe Emin aga, au kiosque à eau de Tophane Kiliçali Pacha, à la fontaine de Suleymaniye Abdullah Aga, à la fontaine d’Üsküdar İnâdiye, à la fontaine d’İçerenköy de Monsieur Mahmud, à la fontaine de Salacak Silahdar Mustapha, à la fontaine d’Eyüp Mihrişah Valide Sultan et à la fontaine de la pente Cağaloğlu. Le même verset écrit sous forme de monogramme peut se voir à la fontaine d’Aicha Hatun (Madame) situé sur le mur du cimetière d’Üsküdar Karacaahmed. Construite en 1209 d’après le calendrier musulman (en 1794-1795), sur cette fontaine, le verset 30 de la sourate Al-Anbiya est écrit sous forme circulaire. Le même verset, fortement dégradé, se trouve également sur une fontaine située à l’angle de la rue Kaptan Pacha Mektebi, dans le quartier Süleymaniye.

Le verset “ve cealnâ mine’l-mâi kulle şeyin hayy efelâ yu’minûn” est inscrite sur la fontaine Eyüp Pertevniyal Valide Sultan, la fontaine de Galata Bereketzâde et le kiosque à eau Kasımpaşa Abdi Kaptan.

Le verset 6 de la sourate Al-Insan : « Aynen yeşrebu bihâ ‘ibâdullâhi yufeccirûnehâ tefcîrâ – D’une source de laquelle boiront les serviteurs d’Allah et ils la feront jaillir en abondance» est écrite sur la fontaine de Madame Ümmü Gülsüm, sur la façade de la 2ème fondation de Sutanhamam. La fin de ce verset “yufeccirûnehâ tefcîrâ” n’est pas indiquée sur les fontaines de la place de Suleymaniye et du Grand Vizir Eyüp İbrahim Pacha.

La fin du verset 21 de la sourate Al-Insan “Ve sekâhum Rabbuhum şerâben tahûrâ: Et leur Seigneur les abreuvera d’une boisson très pure.” se trouve sur la fontaine d’Emirgân I. Abdülhamid Han, la fontaine d’İstinye Ahmed Şemseddin Efendi, la fontaine d’İstinye İskele, la fontaine de la Sainte Sophie Üçyüzlü, la fontaine de Kara Davud Pacha située sur le mur de la mosquée Aksaray Murad pacha, la fontaine d’Üsküdar Monsieur Ahmed Châkir et la fontaine d’Üsküdar Sîneperver Vâlide Sultan.

Le verset 17 de la sourate Al-Insan « Ve yuskavne fîhâ ke’sen kâne mizâcuhâ zencebîlâ: Et là, ils seront abreuvés d’une coupe dont le mélange sera de gingembre » est utilisé sur la fontaine Üçyüzlü de la Sainte Sophie.

Le verset 18 de la sourate Al-Insan « Aynen fîhâ tusemmâ selsebîlâ: puisé là – dedans à une source qui s’appelle Salsabīl. » est utilisé sur les fontaines de la place de Süleymaniye, la fontaine de Fatih Sofular Ahmed Hulusi Pacha, la fontaine Monsieur Vefa Recâi Mehmed, la fontaine de Galata Bereketzâde et la fontaine de Kireçburnu Mahmud II.

Le verset 22 de la sourate Al-Insan « İnne hâzâ kâne lekum cezâen ve kâne sa’yukum meşkûrâ: Cela sera pour vous une récompense, et votre effort sera reconnu. » est écrite sur la fontaine de la place Süleymaniye avec une calligraphie de type « celî sülüs ».

Le verset 28 de la sourate Al-Mutaffifin : « Aynen yeşrebu biha’l-mukarrabûn: source dont les rapprochés boivent. ». Ce verset se trouve dans l’une des cours à portique de la mosquée Eyupsultan.

Le verset de la sourate al-Muzammil : « Vemâ tukaddimû li enfusikum min hayrin tecidûhu ‘indallahi : Tout bien que vous vous préparez, vous le retrouverez auprès d’Allah » est écrite sur la fontaine de Monsieur Vefa Recâi Mehmed avec une calligraphie de type « celî sülüs ».

Le verset de la sourate al-Achoura : « Allâhu latîfun bi ibâdihi: Allah est doux envers Ses serviteurs.» est écrite sur la fontaine de Monsieur Vefa Recâi Mehmed.

L’un des hadiths du Prophète qui : “Hayru’l-mâli mâ unfika fî sebîlillâhi: le meilleur bien est celui dépensé pour un acte de bienfaisance » également présent sur les fontaines suivantes : la fontaine d’Eyup Pertevniyal Valide Sultan, la fontaine de Beşiktaş Râmiz Ağa, la fontaine d’Aksaray Olanlar Tekkesi et la fontaine de Maçka Bezmiâlem Valide Sultan. Les deux hadiths importants à propos de l’eau sont “efdalu’s-sadakati sakyu’l-mâi. La meilleure aumône est de donner de l’eau à boire” et “el-mâu lâ yahillu men’uhu: empêcher l’utilisation de l’eau est haram. » Ces hadiths sont écrit en utilisant le style « celî talik » se trouvent en forme de médaille sur la fontaine de Monsieur Ali.

Nous avons vu, ci-dessus, une liste de verset coraniques, hadiths, et citation de prière se trouvant sur des constructions (fontaines, kiosques à eau, etc.). Il est vrai qu’il n’y a pas que ces textes qui se trouvent sur les fontaines et kiosques à eau. Il est possible d’observer d’autres textes, poèmes, etc. sur ces endroits. Ces textes sont en général courts mais il est possible d’en observer des longs. Certes, ces textes ne peuvent pas être considérés comme des textes littéraires. Autrement, on trouve des œuvres littéraires sur ces constructions.

Du point de vue artistique, il y a beaucoup d’inscriptions calligraphiques sur les constructions d’eau à Istanbul. En compagnie des calligraphes appartenant à une école, il y a des fontaines et barrages possédant beaucoup d’éléments importants dont plusieurs inscriptions signé par des calligraphes distinctes.

Le verset coranique « Ve cealna mine’l-mâi kulle sey’in hay » écrit du style « celî cülüs » a été réalisé par Ömer Vasfi Efendi (1880-1928) sur la fontaine de Kisikli, par le calligraphe (hattat) Mâcid Ayral (1891-1961) sur la fontaine de la mosquée Bâyezid et par le calligraphe (hattat) Ömer Faik Efendi (1855-1919) sur la fontaine de Bâlâ Tekkesi Sebili. Le même verset écrit en utilisant la disposition « müdevvir » a été réalisé par Ismail HAkki Altunbezer (1873-1946), par Mehmed Nazif Bey (1846-1913) en utilisant la disposition Beyzî sur la fontaine de le rue Yakacik Veli Dayi. Le même verset coranique a été écrit en utilisant le style « celî sülüs » et « müsenna » par le calligraphe (hattat) Mustapha Râkim Efendi (1758-1826) sur la fontaine de Fatih Naksidil. En matière de disposition, cet œuvre de Mustapha Râkim Efendi, le calligraphe réformiste en utilisant le style « celî », est très important. Une œuvre de fontaine réalisé par le calligraphe (hattat) Râkim Efendi se trouve aujourd’hui dans le musée des arts turcs et islamiques. Il a écrit les calligraphies de la fontaine Başçuhadar Seyyid Ömer Ağa se trouvant en haut de la mosquée Gülhâne Zeynep Sultan et de la fontaine d’ Üsküdar Miskinler avec le style « celi talik ». Mehmed Nazif a écrit le verset “Ve sekâhum Rabbuhum şerâben tahûrâ” avec un système d’empilage sur la fontaine Fatih Vâni Mehmed Efendi. Macid Ayral a écrit le même verset en couperet sur la fontaine Kara Davud Pacha avoisinant le parc de la mosquée d’Aksaray Muradpaşa. De même, il a écrit ce verset sur la fontaine Muhsinzâde Abdullah Efendi dans la rue Efendi’de Unkapanı Hacı Kadın. La calligraphie du Neyzen Emin Efendi sur le mur de la 2ème fondation Sultanhamam est écrite avec le style « celi sülüs ». Le verset “Aynen yeşrebu bihâ ‘ibâdullâhi yufeccirûnehâ tefcîrâ” est une calligraphie reconnu pour son stystème d’empilage. L’Histoire de la calligraphie ottomane (hat) est importante pour le développement de l’écriture « celî sülüs ». Le calligraphe Morali Bachir a signé la fontaine Bachir Aga de la place Sainte Sophie. Nous pouvons voir L’écriture « celi » de Hocazade à Top-hané sur la pente des Kadiri à côté d’un monastère musulman (Tekke).

L’œuvre Yenibend se trouvant sur les barrages, les fontaines et les kiosques à eau et l’œuvre se trouvant sur le kiosque à eau de la mosquée Nusretiye sont réalisés par « Yesârizade Mustapha Izzet ». Les écritures se trouvant sur la fontaine d’Emirgan ont été produites par Yesari Mehmed Es’ad Efendi. L’auteur de l’écriture n’a pas laissé sa signature sur la fontaine de Fatih Feyzullah Efendi mais d’après les ressources, l’auteur serait Durmuszade Ahmed Efendi. Quant aux écritures sur le kiosque à eau et la fontaine de Sehzadebasi Damad Ibrahim Pacha, ces derniers sont réalisés par le calligraphe (hattat) SheikhulIslam Veliyüddin Efendi.

Comme nous le savons, dans le domaine de l’art de l’écriture, il est important de faire des recherches sur les œuvres des calligraphes (hattat). Lorsque les imprimeries n’existaient pas ou les impressions des œuvres n’étaient pas si développées que nos jours, les œuvres des calligraphes étaient très précieux pour un élève-apprenti en calligraphie. De ce fait, les œuvres des calligraphes maîtres étaient consultés et étudiés soigneusement. Pendant ces études, la forme des lettres et leur mise en page étaient observées longtemps.

Certes, le but de la mise à disposition du public de l’eau est de rendre service au public et gagner la satisfaction de Dieu. Le fait d’utiliser l’art lorsqu’on essaye d’atteindre ce but rendrait notre vie consciente. Une fois, quand le Prophète (que la paix et le Salut d’Allah soient sur lui) a vu que la tombe d’un défunt a été creusée d’une manière inappropriée, il a voulu que ça soit fait correctement. Lorsque l’un de ses compagnons dit que cela n’apporterait pas grande chose au défunt, le Prophète dit que cela ferait quand même mal aux yeux de l’autrui. N’oublions pas que la phrase « Allah est beau et Il aime la beauté » appartient au Prophète.

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