HASENE

(الحسنة)

Ce mot désigne les bonnes actions et conduites, ainsi que les bienfaits et opportunités désirés de tous.

C’est un adjectif qualificatif au féminin tiré de la racine Husn qui signifie littéralement « être beau ». Il peut être utilisé comme un nom (ism) ou comme un adjectif (sifa). En tant que nom, cela signifie « le bien, un état agréable, une belle chose » ( Qamus, IV, p. 590). Fakhr al-Din al-Razi affirme que les linguistes définissent al-hassana comme étant « ce que la nature humaine et la raison trouvent beau » (Mafatih al-Ghayb, XIV, 184). Quant à Raghib al-Isfahani hassana signifie toutes choses considérées comme un bienfait concernant l’âme, le corps et la situation des personnes et dont la possession rend les personnes heureuses, et que son opposé est al-sayyia. Ces deux mots sont associés et signifient les bonnes et belles choses, ainsi que celles qui sont mauvaises et laides (al-Mufaradat, hsn). La raison et la religion, ainsi que les sentiments que l’on possède de nature, instinctivement, définissent le caractère bon ou mauvais des choses (al-Mufradat, swa). Al-hassana s’utilise pour désigner (sous forme de nom) les belles actions, les conduites et les états désirés et voulus, ou bien pour affirmer (sous forme d’adjectif) le caractère positif d’une action précise. Dans cette utilisation, hassana, est un synonyme de m’aruf et khayr. De la même façon qu’al-sayyia a pour synonyme sharr et Munkar. Cependant, alors qu’al-m’aruf, met plutôt l’accent sur le caractère apprécié et accepté au sein de la société , Al-khayr s’utilise généralement pour une action ou un objectif bons ou utiles dans son essence. Quant à hassana, il désigne davantage l’aspect appréciable, satisfaisant, qui plaît aux coeurs et aux yeux et éveille l’admiration des personnes. Ainsi, lorsqu’il est utilisé avec le mot akhlaq (morale – bon comportement), il indique le lien existant entre l’esthétique et la morale.

Le terme hassana est répété dans le Coran à 28 reprises au singulier et à trois reprises au pluriel (hassanat). Une analyse de l’utilisation de ce terme dans le Coran, dans les hadiths, et dans toute autre littérature islamique nous permet de distinguer trois sens et contexte de ce mot (absolu, qualificatif et spécifique) :

a) Un bel acte, une bonne conduite ou un état favorable dans l’absolu. Un verset affirme que si un acte est bon (hassana), Allah en décuplera sa récompense (al-Nisa/40). De même, toute personne, qui se présentera devant Dieu avec de bonnes actions, recevra une récompense dix fois supérieure (al-An’am/160). Le terme hassana dans ce contexte a été utilisé dans le sens absolu englobant tous les types de bonté et de beauté, sans désigner un acte précis. Bien que certains savants aient interprété hassana dans le deuxième verset comme étant le « kalima tawhid» (déclaration de l’unicité de Dieu) et sayyia comme étant le koufr et le shirk (la mécréance et l’association), aucune preuve n’indique la possibilité de limiter le sens général de ces deux termes (Fakhr al-Din al-Razi, XIV, 8). Effectivement, selon l’information transmise par Tabari, le Prophète (saw) a répondu à la question d’Abu Dharr (r.a.): « ô Envoyé de Dieu, est-ce que le kalima tawhid fait partie des hassanates », par la parole suivante : « oui bien sur, c’est même l’acte de hassanate le plus élevée ». La réponse du Messager de Dieu (saw), indique que le terme hassana en englobant la proclamation de l’unicité de Dieu possède un sens large. (Jam’i al-Bayan, VIII, 81). Dans la sourate Hud (11/114), après avoir ordonné la prière, il a été indiqué sans déterminer une action précise que les bonnes œuvres (hassante) dissipent les mauvaises. C’est-à-dire que les péchés obtenus en raison de nos fautes sont pardonnés par les bonnes œuvres. Des explications proches de cela sont présentes dans les hadiths (voir : Wensinek, al-M’ujam, « hsn »). Un de ces hadiths affirme à l’inverse que la jalousie consume les bonnes actions tout comme le feu consume le bois (Abu Dawud, adab, 44 ; Ibn Maja, zuhd, 22). Dans la sourate R’ad (20-22) les conditions permettant d’accéder au paradis ont été citées ainsi : tenir sa parole, ne pas trahir aux engagements, entretenir de bonne relation avec les gens, avec la famille et avec Dieu, craindre dieu et se préoccuper du jour du jugement, patienter, prier, donner l’aumône, ainsi que répondre au mal par le bien (al-hassana). Chawqani affirme qu’il est possible d’interpréter le bien par lequel nous devons répondre au mal commis par soi-même ou commis par d’autres, par tout type de bien. Ainsi, il est exigé de répondre au sharr par le khayr, au munkar par le maruf, à l’injustice par le pardon et au péché par le repentir (Fath al-Qadir, III, 78). Le Coran affirme, de manière absolue, que « le bien et le mal ne peuvent pas s’égaler ». Puis Il invite les croyants à répondre au mal par le bien et enseigne les raisons morales de cela : « Repousse (le mal) par ce qui est meilleur ; et voilà que celui avec qui tu avais une hostilité devient tel un ami chaleureux » (Foussilat/34). Ainsi, il a été souligné que le bien possède une supériorité, car le bien est la condition de la paix et de l’amitié. Les termes hassana et sayyia ont aussi été utilisés dans leur sens absolu dans le hadith : « le croyant est celui qui est heureux en raison du bien (hassana) et triste en raison du mal (sayyia) » (Musnad, I, 18, 26 ; III, 414 ; Tirmidhi, fitan, 7). Ce hadith est d’une grande importance, car il démontre le lien entre la morale (akhlaq) et la foi. Il est d’ailleurs possible d’interpréter les paroles affirmant que le bien dissipe le mal (Hud/114 ; Musnad, IV, 145 ; Muslim, Musafirin, 56) par la réalité que la bonté engendre la paix et la sérénité au sein de la société. Le Coran ordonne au Prophète (saw) de ne rien attendre d’autrui, durant la prédication, que de l’affection de ses proches parents en raison de leurs liens familiaux. Puis affirme : « Et quiconque accomplit une bonne action (hassana), Nous répondons par [une récompense] plus belle encore » (al-Shura/23) . Le terme hassana qui y est utilisé est dans le sens absolu du bien et ce verset indique aussi l’importance de la solidarité au sein d’une même famille.

b) Hassana et sayyia s’utilisent aussi pour qualifier une conduite, une pratique ou une situation précise. Le Coran qualifie le fait de permettre et d’être la cause d’une bonne chose par le terme hassana: « chafa’a hassana » et le fait d’être la cause d’un mal par son antonyme sayyia : « chafa’a sayyia ». Puis il a affirmé que toute personne, qui est la cause d’un bien ou d’un mal, en sera tenue responsable et partagera la récompense ou le châtiment de cet acte (al-Nisa/85). Ces deux mots sont aussi utilisés dans un hadith très important qui nous éclaire quant à l’organisation sociale, politique et morale de l’Islam. Les mots hassana et sayyia dans cette parole qualifient le terme sunna qui désigne «  la tradition, la voie, une nouvelle conduite ». Ce hadith spécifie qu’une personne qui inaugure une bonne tradition en sera récompensée à chaque fois qu’une personne la pratique et de même pour la personne qui créée une mauvaise tradition, elle sera aussi en partie responsable du mal qui sera commis par sa faute (Muslim, zakat, 69 ; ‘ilim, 15 ; Ibn Maja, Muqaddima, 14 ; Nasai, zakat, 64). Une des trois méthodes de prédication qu’est l’exhortation a aussi été qualifiée par le terme hassana : « maw’iza hassana » (al-Nahl/125), ainsi que l’exemplarité des prophètes Mohammad et Abraham (saw) et ceux qui suivent leur voie : « uswa hassana » (al-Ahzab/21 et al-Mumtahina/4)

c) La troisième utilisation d’hassana correspond généralement aux objectifs désirés et voulus qui correspondent aux besoins spirituels et physiques de l’homme, tels que les bienfaits, les récompenses, la prospérité et les situations heureuses et agréables. Hassana a donc été utilisée dans de nombreux versets et hadiths, selon le contexte, dans le sens de bienfaits spécifiques.

Dans le verset 201 de la sourate al-Baqara où l’on retrouve le passage : « Seigneur! Accorde nous le bien (hassana) ici-bas, et aussi le bien (hassana) dans l’au-delà », le bien d’ici-bas signifie la santé, le bien-être, la réussite, la prospérité, la foi et la science, tandis que le bien de l’au-delà a été interprété comme étant le paradis (Tabari, II, 174-175). Fahr al-Din al-Razi cite aussi concernant le bien dans ce monde (fiddunya hassana) : l’enfant et le/la conjoint(e) convenable. Ce même exégète, sous l’influence de la culture évoluée de son époque, intègre parmi le bien dans l’au-delà (fil-akhira hasana) les délices éternels, le respect, le rappel et l’amour de Dieu, ainsi que le rapprochement et la récompense de voir notre Seigneur (Mafatih al-Ghayb,V, 188-189). Le terme hassana que l’on retrouve dans la sourate Al-i Imran (verset 120) et la sourate al-Nisa (verset 78-79) signifie spécifiquement la joie ressentie en raison de la victoire des musulmans et de l’augmentation de leur nombre. Tandis que dans les deux derniers versets, il signifie plutôt : l’abondance, les bienfaits, la prospérité, la sérénité, la victoire en général ou celle de Badr en particulier. Quant à sayyia, il a été interprété comme étant la difficulté, le manque de moyen, la blessure, le mécontentement, la débâcle ou encore la défaite d’Uhud (Tabari, V, 110-112). Dans le verset : « Puis Nous avons changé leur mauvaise condition (sayyia) en y substituant le bien (hassana) » (al-‘Araf/95), hassana a été utilisé dans le sens de « la richesse, l’abondance et la santé » offertes comme une nouvelle chance aux peuples ne voulant pas renoncer à la désobéissance et à la mécréance. Alors que sayyia a été interprété comme étant « la pauvreté, la disette et la maladie » (Tabari, IX, 5-6 ; al-Razi, XIV, 154 ; Kurtubi, VII, 252).

Des versets et des hadiths indiquent que le mal sera sanctionné uniquement par son équivalent (al-Shura/40), mais que la rétribution du bien sera décuplée.  Il est question dans certains versets d’une récompense multipliée par dix (al-An’am/160). D’autres versets indiquent sans spécifier la quantité que le bien sera rétribué par une récompense multipliée (al-Nisa/40), meilleure (al-Naml/23) et plus belle (al-Shura/23). Certaines sources affirment que la plus basse récompense est équivalente à dix fois le bien effectué et que les autres versets concernent des récompenses plus élevées encore. Il a été transmis d’Abu Hurayra (r.a.) que cette rétribution peut aller jusqu’à mille fois la valeur du bien (Fakhr al-Din al-Razi, X, 104 ; Kurtubi, V, 196-197). Kurtubi, dans son commentaire du verset 160 de la sourate An’am : « Quiconque viendra avec le bien aura dix fois autant; et quiconque viendra avec le mal ne sera rétribué que par son équivalent » transmet d’Abu Said al-Khudri (r.a.), qu’en raison des prières des gens du paradis, celui qui possède dans son cœur un atome de foi soit-il, sera libéré de l’enfer. L’exégète Kurtubi fait place aussi aux paroles d’Ibn Mas’oud et ibn ‘Abbas (r.a.) indiquant que le verset concerné est meilleur que tout ce qui se trouve dans ce monde. Nous comprenons de la parole de ces compagnons que ce verset a été ressenti comme une grande lueur d’espoir d’accéder au salut éternel. Cependant, il est possible de penser que cette approche est excessivement optimiste en raison du verset : « Quiconque viendra avec le bien aura bien mieux… Et quiconque viendra avec le mal, alors ils seront culbutés le visage dans le Feu.» (Naml/89-90) ou encore du verset 84 de la sourate al-Qasas qui renferme approximativement le même sens. Selon des hadiths qui ont été analysés en détail par les commentateurs ( voir : Nawawi, II, 148-152 ; Ibn Hajar, XXIV ; 115-123), si une personne décide de faire un mal (sayyia) mais ne le commet pas, il n’en sera pas tenu responsable, mais s’il le commet, alors il lui sera inscrit uniquement un péché ; cependant s’il désire faire un bien, mais qu’il ne le fait pas, il lui sera inscrit une récompense, tandis que s’il l’effectue sa rétribution sera multipliée de 10 à 700 fois (Musnad, I, 227 ; III, 149 ; Bukhari, Riqaq, 31, Tawhid, 35 ; Muslim, Iman, 203-209 ; Tirmidhi, Tafsir, 6/10).  Dans certaines des versions, après avoir été mentionné les « 700 fois » il est encore dit « et décuplé plus encore » (Bukhari, Riqaq, 31, Tawhid, 35 ; Muslim, Iman, 208). C’est pour cette raison que la majorité des spécialistes du hadith sont d’avis que le nombre de 700 n’est pas restrictif. D’après Ibn Hajar, toutes les bonnes actions sont multipliées par dix et selon les sentiments de la personne tels que l’intention, la sincérité, la persévérance, la motivation, ainsi que l’utilité de l’acte, cette récompense augmentera davantage (Fath al-bari, XXIV, 118).  Bien que certains savants aient défendu, en se basant sur le sens apparent de ce hadith, que les personnes ne seront pas tenues responsables du mal qui se trouve dans les cœurs du moment qu’ils ne l’effectuent pas. La majorité, dont de grandes personnalités telles que Qadi ‘Iyyad, Ghazzali et Ibn al-Jawzi, soutiennent qu’à l’instar du corps, le cœur est aussi capable d’entreprendre de bonnes et mauvaises actions et nos intentions ainsi que nos décisions font partie des actions du cœur et nous en seront tenus responsable. Ainsi que le Coran l’a indiqué ( voir : al-Baqara/225, al-Nur/19, al-Hujurat/12), nous sommes responsables de tout type de sayyia que nous décidons d’entreprendre avec détermination et résolution. Le mal à propos duquel nous ne sommes pas tenus responsables concerne nos penchants qui n’ont pas atteint ce degré de résolution et de détermination. La mise en pratique de ce mal est un mal supplémentaire. Si l’on renonce à ce genre d’intention pour de bonnes raisons telles que la crainte d’Allah ou le souhait d’obtenir le salut dans l’autre monde, alors cette bonne action dissipera notre péché. Il a même été indiqué dans les hadiths concernés que le fait de renoncer à un péché sera rétribué par une « hassana kamila (une récompense complète) » (Bukhari, Riqaq, 31, Tawhid, 35 ; Muslim, Iman, 207)

Tome XVI, page 377

[HASENE – Mustafa Çağrıcı]